image aliens absolutionPardonnez moi mon Alien

Alors que le fantastique mainstream tend à connaître une certaine crise artistique, notamment au cinéma, il est bon de rappeler que le genre n’a jamais été aussi fort, aussi vivace, qu’entre les mains amoureuses des passionnés, et ce quel que soit le média. Chez Wetta, éditeur de bande dessinées chevronné, on ne cache pas que la logique éditoriale est intimement liée à une certaine ferveur pour le genre, et ses sous-catégories, ce qui les pousse notamment à regarder du côté des licences. Et, parmi elle, c’est tout naturellement qu’on en vient à aborder la saga Alien, évidemment l’une des plus importantes. Dans la somme, assez importante, de travaux sur papier qui s’empare de l’univers de la saga culte, il fallait y voir clair pour proposer une œuvre de qualité nécessaire pour être à la fois représentative de la licence, mais aussi d’un choix d’édition pointu. Voyons si Aliens Absolution remporte ce pari.

Selkirk est le pilote et cuistot du Nova Maru, un vaisseau spatiale dont la destination, et l’utilité, est inconnue à ses passagers, tous attirés aveuglément par l’unique profit. Suite à une étrange anomalie, tout déraille et l’énorme navette est vouée à la chute sur une planète inconnue. Loin de vouloir remplir son devoir de commandant au dépens de sa vie, le capitaine Foss ne laisse pas le choix à Selkirk : il doit l’aider à prendre la fuite au sein de l’unique capsule de sauvetage, abandonnant le reste de l’équipage à sa mort certaine. Mais cette honteuse fuite n’est que le début d’un périple épouvantable : en milieu hostile, le duo va devoir faire face à la rareté de la nourriture et de l’eau, mais aussi au contenu du fret transporté par le Nova Maru. Selkirk, qui se réfugie dans sa foi pour ne pas sombrer dans le désespoir et la folie, n’a qu’une seule solution : se mettre en quête de l’épave du vaisseau… et survivre aux créatures de la pire espèce qui soit : les Aliens.

Absolution. Être pardonné de ses fautes, que ce soit devant Dieu ou le tribunal des Hommes. Un titre fait souvent toute la différence, et s’il exprime une notion il ne doit pas décevoir sur celle-ci. Aliens Absolution est bien une histoire du pardon, l’une des plus belles inventions de l’humanité. La bande dessinée débute sur des chapeaux de roue : le lecteur est plongé très vite dans une situation assez terrorisante, qui lui présente la trahison à l’état pure. Celle d’un capitaine envers son équipage. Quelque peu grenouille de bénitier, ce n’est rien de l’écrire, Selkirk éprouve la culpabilité exacerbée, exprimée au sein de récitatifs intelligemment utilisés. Dave Gibbons, ici au poste de scénariste (rappelons qu’il a collaboré avec Alan Moore sur les dessins de Watchmen), s’éclate avec la figure du monstre, de l’Alien, qui est tout autant un nuisible bien énervé et dangereux, que le moyen ultime pour un Selkirk complètement aveuglé par son amour de Dieu de se laver de ses pêchés.

L’univers Alien bien compris par une équipe talentueuse

Aliens Absolution est aussi une belle réussite du point de vue de l’univers créé par H.R. Giger et Ridley Scott, qui se trouve là compris et interprété comme rarement dans d’autres mains que celles de ses concepteurs. On y retrouve, condensé sur 56 pages, tout ce qui fait la réussite de la licence Alien. Tout d’abord, l’épais mystère qui entoure la Compagnie, cette entité capable de planifier un calendrier guerrier à base de monstres cauchemardesques, au péril de vies humaines. Ici est confiée une mission qui ne se découvre que sur la fin un but inavouable. Autre thème développé dans Aliens Absolution, mais nous n’entrerons pas plus en avant dans l’analyse pour ne pas spoiler : le rapport à la vie synthétique, jugée de moindre importance, faisant des Hommes d’autres monstres hantant cet univers. Le tout trouve une cohérence qui joue son rôle dans le rendu captivant de cette aventure des plus concluantes de l’univers hors-films.

On ne peut pas faire la lumière sur Aliens Absolution sans aborder deux autres noms : Mike Mignola et Kevin Nowlan. Le premier, vous le connaissez obligatoirement (ne prenons pas de pincettes) pour son travail le plus notoire : la saga Hellboy. Son style est déjà très affirmé dans Aliens Absolution, alors que nous sommes en 1993. Son utilisation des noirs fait déjà merveille, d’autant plus que Wetta a donné un coup de jeune à la colorisation, afin de proposer une édition qui retrouve exactement le rendu d’origine. L’encreur Kevin Nowlan, gigantesque talent de l’illustration, se charge de donner tout le relief que l’on peut demander à cet album décidément de grande qualité.

Au final, Aliens Absolution est une magnifique découverte, qui peut contenter plusieurs publics. Tout d’abord, les fans de la licence ne peuvent pas se passer de cette édition dans leur collection. Mais c’est aussi le cas pour les amoureux de comics, qui ont là accès à la meilleure version de cet album, loin devant celle de 2007. Signalons qu’une version RAW (livre grand format relié à couverture cartonnée) existe, tirée à seulement 250 exemplaires…

Aliens Absolution, scénarisé par Dave Gibbons, dessiné par Mike Mignola et encré par Kevin Nowlan. Aux éditions Wetta, 56 pages, 13 euros. Parution le 28 avril 2016. 

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato

Mickaël Barbato est un journaliste culturel spécialisé dans le cinéma (cursus de scénariste au CLCF) et plus particulièrement le cinéma de genre, jeux vidéos, littérature. Il rejoint Culturellement Vôtre en décembre 2015 en tant que co-rédacteur en chef. Manque clairement de sommeil.
Mickaël Barbato