[Critique] Une affaire d’États – Servenay, Martin : la critique

Caractéristiques

  • Titre complet : Une affaire d’États : Octobre 1995, le juge Borrel est assassiné à Djibouti
  • Auteur : David Servenay, Thierry Martin
  • Editeur : Soleil
  • Collection : Noctambule
  • Date de sortie en librairies : 13 septembre 2017
  • Format numérique disponible : Oui
  • Nombre de pages : 88
  • Prix : 17,95€
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Quand la réalité dépasse la fiction

On a souvent l’idée reçue, quand on aborde le sujet de la bande dessinée, que le neuvième art est le domaine de l’imaginaire. Pourtant, il est indéniable qu’une série de planches peut aussi s’avérer un excellent moyen afin de faire passer des vérités, par un biais peut-être même plus marquant qu’au cinéma, hors documentaire s’entend. C’est sans doute le constat qu’a tiré David Servenay, journaliste passé par RFI et Rue89. Cet homme, pas spécialement connu comme peuvent l’être ses collègues spécialisés dans le football, a pourtant une histoire incroyable à son actif. Celle-ci l’a mené au premier plan d’un scandale aussi incroyable qu’étrangement traité par les médias, une véritable affaire d’États comme on en voit dans les films d’espionnage, plus ou moins paranoïaques. Sauf qu’ici, tout est vrai.

C’est sans doute l’une des affaires d’États les plus emblématiques de la Ve République : parce qu’elle implique notamment l’armée et les services de renseignements, sans oublier deux chefs d’États… Le premier, Ismaël Omar Guelleh, est toujours Président de la République. Le second, Jacques Chirac, n’a jamais livré sa vérité sur cette affaire… Depuis plus de vingt ans, une femme, Elisabeth Borrel, lutte pour obtenir sa part de vérité sur la mort de son mari. Plus les preuves s’amoncellent pour démontrer que son époux a bien été assassiné, plus les obstacles se dressent pour empêcher la justice de faire son travail. Soutenue par deux avocats et par une poignée de journalistes, parmi lesquels David Servenay, elle parvient néanmoins à renverser le cours de l’histoire…

Une Affaire d’États, un album sous-titré Octobre 1995, le juge Borrel est assassiné à Djibouti est une expérience importante. Le lecteur, intéressé par l’Histoire de la France, en sort médusé, comme persuadé d’avoir vécu des instants qui, jusqu’ici, ne lui étaient pas destinés. La Ve République a-t-elle connu un dossier plus emblématique, plus embarrassant ? On ne se risquera pas à une affirmation vindicative, tant les secrets d’alcôve sont très certainement nombreux et tous plus terribles les uns que les autres (on le voit actuellement avec l’actualité de Nicolas Sarkozy). Mais l’auteur, David Servenay, nous propose là une telle vue sur l’invisible, qu’on est fortement bouleversé. La structure de la bande dessinée est celle d’un véritable livre, qu’on aurait porté sur des planches. On suit l’enquête, étape par étape, et plus elles passent, plus on comprend l’intérêt de l’exercice : démontrer que tout peut être renversé, et même le cours d’une histoire plongée dans le secret défense.

Aussi passionnant qu’inquiétant

Au cœur d’Une Affaire d’États, il y a plusieurs personnalité, dont le président d’alors, Jacques Chirac. Mais c’est Élisabeth Borrel, la femme du malheureux juge, qui nous semble être le moteur. En effet, si enquête il y a eu lieu, c’est aussi parce que cette magistrate de formation a perçu bien des indices, dans les réactions qui suivirent le drame. Dès lors, on observe bien des situations troublantes, jusque la récente destruction de preuves. Sans trop vous dévoiler ce qui habite cette bande dessinée pour le moins marquante, sachez aussi qu’on s’est passionné quand les scientifiques émettent différentes probabilités, qui conduisent au meurtre. Il est tout bonnement incroyable que ce dossier ait pu ainsi dérailler, et cet album vient nous certifier que oui, il se passe bien des choses dans l’ombre.

Autre satisfaction d’Une Affaire d’États, les dessins de Thierry Martin. Avec un style expressif minimaliste, et un coup de pinceau qui fait toute la différence, il parvient à insuffler à l’ensemble comme un aspect documentaire très fonctionnel. L’artiste, que l’on retrouve régulièrement au magazine Spirou, est pour beaucoup dans l’impression qui se dégage de cette œuvre. Enfin, l’édition, assurée par Soleil (Le Fulgur, Sérum), est tout bonnement excellente : qualité du papier, et présence d’un entretien essentiel (assuré par l’auteur) avec Élisabeth Borrel et Maître Olivier Morice, son avocat.

8/10

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