[Critique] Signal 100 T1 – Arata Miyatsuki, Shigure Kondo

Caractéristiques

  • Auteur : Arata Miyatsuki, Shigure Kondo
  • Editeur : Delcourt Tonkam
  • Date de sortie en librairies : 5 septembre 2018
  • Format numérique disponible : Non
  • Nombre de pages : 192
  • Prix : 7,99€
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Suicide Club

C’est plus qu’une tendance : l’école et ses élèves sont l’un d’un thèmes favoris des artistes japonais, que ce soit dans la littérature, la BD ou le cinéma. Il faut bien écrire que, dans un pays aussi attentif au respect, les quelques signes d’une déliquescence dans ce domaine font un effet monstrueux. Et l’on peut y trouver une certaine cohérence : quand la jeunesse est en crise, ce n’est jamais bon signe. Sujet sensible donc, et la bande dessinée nipponne s’est évidemment engouffré sur ce chemin. Récemment, nous vous parlions de Battle Royale, dont l’Ultimate Edition sort en ce moment chez Soleil Manga. On pourra aussi citer le très culte L’École Emportée, sublime œuvre qui mélange Sa Majesté des Mouches et une science fiction génialissime. Signal 100 saura-t-il se faire une place ? C’est possible.

L’action de Signal 100 prend place dans le lycée privé Seishin. M.Shimobe, professeur principal et véritable souffre-douleur d’une classe plus qu’indisciplinée, leur diffuse un jour un film pour le moins étrange. Ses élèves réalisent alors qu’ils viennent d’être hypnotisés. Pour mener à bout sa vengeance, M.Shimobe se suicide après leur avoir dévoilé une dernière information : Il existe cent actions à ne pas réaliser, sous peine de mort. Leur vie prend alors un tournant macabre, tandis que les relations entre les élèves se détériorent dramatiquement.

Signal 100 Tome 1 ne cherche pas à viser plus haut que ce que son pitch peut signifier, ce qui est déjà une bonne chose. Le récit s’installe rapidement, peut-être trop pourront penser certains, mais l’auteur prend soin de bien nous embarquer. Arata Miyatsuki, auteur du très mémorable Perfect Crime, construit une problématique rapidement digérée, habitée de personnages aux caractères très significatifs, et à la tonalité globalement sombre. On pensera surtout au professeur Shimobe, qui représente le choc de ce début de série. Si l’on va vite s’intéresser aux élèves, c’est bien lui qui porte un certain ressenti. Talentueux, mais broyé par un système qui ne le défend pas, son pétage de plomb est bien entendu over the top, notamment dans le rendu physique, mais reste dramatiquement pathétique.

Cent épées de Damoclès

Le concept de ce manga s’avère très efficace. Signal 100 Tome 1, c’est un survival qui s’appuie sur une exagération d’un phénomène : la transe somnambulique. Poussée hors des limites de l’échelle de Lecron-Bordeaux (véritable mesure, instaurée en 1949), elle est ici utilisée pour inclure un véritable programme meurtrier, dans le subconscient des élèves. Une action innocente peut provoquer un suicide violent, graphiquement. Par exemple, prévenir une personne extérieure à la classe poussera le jeune à se découper la langue. Autre règle : quitter l’école provoquera le décès violent. Vous l’aurez compris grâce au titre, c’est une centaine d’épées de Damoclès qui planent au-dessus des victimes, et la seule manière de s’en sortir (ou presque, il y a des rebondissements), c’est d’être l’unique survivant. Du coup, il se construit un huis-clos, doublé d’un récit assez mystérieux pour créer le suspens. Chaque action est une épreuve, tandis que certains adolescents tentent de tirer profit de cette situation.

Signal 100 Tome 1 devra, dans ses prochains volumes, exploiter les qualités d’un tel concept. En évitant de trop en faire, ce qui est parfois le cas dans cette introduction. Quelques petites erreurs de parcours, mais jamais assez graves pour qu’on sorte du trip. Il sera indispensable, par exemple, de développer les personnages secondaires, afin de faire de chaque décès de véritables événements. Quand aux dessins, signés par Shigure Kondo, que nous découvrons ici, ils brillent par ce paradoxe entre le réalisme des traits, et l’outrance de la violence, voire des expressions. Cela créé une sorte de distanciation, mais aussi un certain humour noir plutôt fonctionnel. On prend donc rendez-vous avec la suite (la série est terminée au Japon, elle compte quatre tomes), qui devra confirmer ses bons premiers pas.

7/10

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