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Photo par Culturellement Vôtre

En octobre dernier, nous avons rencontré Thibaud Villanova, auteur des livres de cuisine Gastronogeek chez Hachette Heroes, à l’occasion de la sortie de Geek & Pastry et peu de temps avant celle du Geek Touristique et Assassin’s Creed : Le Codex Culinaire. Au cours d’un entretien-fleuve, il nous a parlé de la création de Gastronogeek, sa philosophie… Nous vous proposions la première partie de cette interview au moment d’Halloween. Découvrez à présent la seconde, où Thibaud, accompagné  de son épouse Bérengère Demoncy (qui travaille avec lui sur la collection depuis le début) nous parle de la conception des livres de manière plus poussée, mais aussi de l’avenir de Gastronogeek, des détracteurs, et plein d’autres choses.

Culturellement Vôtre : Pour Geek & Pastry, on trouve beaucoup plus de tutoriels et astuces pour tout ce qui concerne les bases de la pâtisserie. Est-ce quelque chose que vous pensez continuer à développer dans les prochains livres ? 

Thibaud Villanova : On a toujours plus ou moins donné des conseils dans les précédents volumes, à la fin de chaque chapitre. Il s’agit soit de la vulgarisation de concepts (par exemple, qu’est-ce que c’est qu’émincer ou tailler en julienne) qu’on va utiliser en base dans toutes les recettes — un lexique de cuisine, donc — soit de détailler les techniques, illustrations à l’appui. Pour Geek & Pastry, c’est très différent, car si l’on n’avait pas mis les bases de la pâtisserie, le livre aurait été deux fois plus épais, juste avec les recettes. C’est plus facile pour moi de dire dans une recette d’utiliser une pâte feuilletée qu’on a appris à faire au préalable en introduction, plutôt que de redonner la recette de cette pâte à chaque fois. Ca, c’était une première réflexion touchant purement la maquette.

J’ai aimé faire ce cahier. On a repris les techniques classiques du CAP, ensuite on a twisté certaines choses pour vulgariser encore plus. Une pâte feuilletée telle qu’on la fait dans les règles, ça prend plusieurs heures, c’est chiant. Un candidat, dans Le meilleur pâtissier a trouvé une technique géniale et trois grands pâtissiers de France se sont posés devant sa pâte feuilleté et l’ont adorée, donc j’ai décidé de faire quelque chose dans cet ordre là. Et on donne plein d’astuces, comme pour les glaçages. Geek & Pastry, c’est le premier du nom (j’espère qu’il y en aura d’autres) est le premier livre de pâtisserie que j’écris. Et il y a tellement de bases à maîtriser quand on veut vraiment s’éclater, que ça méritait bien un cahier. Cela aurait vraiment été incomplet pour moi si j’avais dit “achetez de la pâte feuilletée au supermarché”. Vous pouvez le faire ! C’est ce que j’ai toujours dit dans mes recettes.

Par exemple, dans les astuces, on vous explique aussi comment faire un bouillon de légumes maison. Après, si vous ne voulez pas vous emmerder, deux cubes ça suffit. Mais finalement, si vous avez un peu de temps, vous ne trouvez pas sympas de le faire vous-même ? Je ne suis pas pâtissier, ni cuisinier, j’ai pas de formation; ma seule formation, c’est l’expérience et l’entraînement quotidiens, mais les bases de la pâtisserie, cela me semblait primordial. Après, pour les suivants, ce sera peut-être moins étoffé, car les gens ne lisent pas forcément toujours cette partie-là, mais il y aura toujours une partie tutorielle, ne serait-ce que parce-que je suis à peu près sûr que mes recettes de base évolueront. Je suis par exemple beaucoup la cuisine de Thierry Marx, qui prend en compte les contraintes alimentaires des gens aujourd’hui, comme l’intolérance au lactose ou au gluten et il fait une super mousse au chocolat sans oeufs. Donc ça se trouve, dans deux ans, je ne jurerai plus que par ça ! L’idée, c’est de continuer à partager pour encourager les gens à aller vers les recettes.

Culturellement Vôtre : Du coup, qu’est-ce qui était différent dans la conception de ce livre par rapport aux précédents ? Quelles difficultés avez-vous rencontré ? 

Thibaud Villanova : Déjà, j’ai dû apprendre la pâtisserie. Toute la question est là. Je fais des mousses, des tartes et des génoises avec mon père depuis que je suis petit, mais je n’ai pas de formation. Donc à part faire comme lui… Pour le livre, du coup, j’ai voulu apprendre la réflexion, me demander pourquoi utiliser du bicarbonate de soude dans mes pâtes par exemple, afin de comprendre le pouvoir levant de ces choses-là. J’ai voulu comprendre l’action des oeufs, le côté exhausteur de goût du sucre, comprendre les fruits, etc. La cuisine, ça fait trois ans que j’en fait quotidiennement, que ce soit dans la vraie vie ou dans ma tête, que je conçois des recettes, que j’y pense, c’est mon quotidien et c’est cool. La pâtisserie, ça ne l’était pas. Et j’ai toujours entendu dire que c’était une affaire de chimie, de précision. Si vous faites de la haute pâtisserie, en effet, vous serez au gramme près. Franchement, si vous vous ratez de dix grammes sur un gâteau au chocolat, vous ne jouez pas votre vie ! L’idée c’était ça : être légitime. La semaine dernière, on me demandait pourquoi je ne faisais pas de Gastronogeek vegan. J’ai répondu que ce n’était pas le cas car je ne me sens pas légitime en tant que non vegan. Et ça fait dix jours que je me mange des livres sur les recettes vegan et que j’écoute des vegans en parler; je suis assez touché par ce qu’ils racontent. Donc, que d’ici six mois, je n’aille pas dans cette démarche-là pour faire des recettes, je ne sais pas…

La pâtisserie, j’avais envie de le faire, je rêvais d’un truc à la Willy Wonka, beaucoup plus pastel, même si c’est étrange à dire. Ce sont des idées comme ça qui sont transmises par des mots-clés dans ma tête. Gastronogeek, c’est un grimoire et c’est comme ça que j’avais conçu Le livre des potions, notamment. Geek & Pastry, c’est un grimoire pâtissier, mais beaucoup plus libéré et détendu. Et pour pouvoir accéder à ce niveau de libération et de détente dans le ton, il a fallu que je me forme. J’ai donc fait des pâtes feuilletées par dizaines, des tartes également… Je me suis rendu compte qu’il y avait certaines choses sur lesquelles il fallait être intransigeant dans les dosages, d’autres sur lesquelles on pouvait parfaitement s’éclater, comme en cuisine. Et voilà ! La grosse difficulté, elle a donc été là. Elle a été de se dire : je ne suis pas un bec sucré, comment puis-je faire de la pâtisserie de cuisinier qui soit bonne et facile à faire ? La difficulté, elle était là : apprendre des bases pour les vulgariser par la suite.

Culturellement Vôtre : Et par rapport à la conception de A à Z des livres, comment fonctionnez-vous ? Vous avez mis environ un an à travailler sur celui-là, il me semble ? 

Thibaud Villanova : Oui, un peu plus en fait. On avait commencé à travailler dessus avant Star Wars Cantina. Et puis un jour Antoine et Anne, mes éditeurs, m’appellent pour me dire “Disney est OK pour Star Wars”. Je leur ai dit : “Super ! On fait ça l’année prochaine, c’est génial !” et ils m’ont répondu, “Non, on le fait cette année”. Du coup, on a mis en stand-by Geek & Pastry, et j’ai dû concevoir une quinzaine de desserts pour Star Wars Cantina. La démarche qu’on a eu sur ce livre, ça a été de travailler le côté parents-enfants, pour en faire un livre familial. Une fois la promo finie, on s’est remis sur Geek & Pastry et là, j’avais acquis un peu d’esprit Disney, je dirais, ce qui m’a permis de reprendre toutes les recettes. Je me suis dit : “On va repartir de zéro”.

Donc on fait une sélection des références, ce qui donne lieu à de grands débats avec mes meilleurs amis et Bérengère, avec un tableau bourré de références et d’idées, où chacun se bat un peu. Super honnêtement, La rose de Versailles, c’est une proposition faite par madame, qui se tenait, qui était argumentée, donc j’ai dit OK. Après, je ne suis pas un dingue de Lady Oscar (la série animée adaptée du manga des années 70,ndlr), ou plutôt je la connaissais mal, donc je me suis dit qu’il allait bien falloir que je revoie la série pour la comprendre. Je ne mets rien dans mes ouvrages que je n’apprécie pas. Il y a un choix à faire, et celui-ci est super simple en ce sens. Il y a eu des propositions de la part de Bérengère et des autres où on me disait : “J’ai envie qu’on inclue ça”. Mais je ne connaissais pas forcément, ça ne me plaisait pas et, surtout, ça ne m’inspirait pas de recettes. Le fond du problème est là.

Sailor Moon, on l’a mis dans Le livre des potions parce-qu’on m’a dit : “Tu connais beaucoup de séries de garçons, mais peu de shojo au fond, et ça manque un peu”. Après, je réfléchis pas en termes de garçons ou filles, mais j’avoue que je me suis remis à Sailor Moon, et j’ai adoré ! (rires) Du coup, on a fait un cocktail et pour moi, Sailor Moon ça a toujours été très très rose, et ça a été l’une des grosses références de Geek & Pastry, forcément. On s’est dit : “Il y a des roses, donc on va faire un gâteau de roses”. C’est d’ailleurs la seule recette un peu cake design du livre, mais justement parce-que je voulais quelque chose de très girly. Je ne suis pas dans une démarche féminine ou pas. On a fait une couverture rose, c’est un hommage à toutes les licornes et tous les arcs-en-ciel que j’ai croisés dans ma vie mais, voilà, la sélection se fait comme ça. On connaît les références, si on les connaît pas, on les bosse à fond, et une fois que c’est fait, on essaie d’en extraire une recette. Puis, on essaie de voir si ça rentre dans le chapitrage et l’esprit du bouquin. Et une fois qu’on a fait tout ça, on a une recette et il ne nous reste plus qu’à le refaire cinquante fois.

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La tarte à la mélasse Harry Potter dans Geek & Pastry. © Hachette Heroes

Culturellement Vôtre : Un peu plus tôt, vous parliez des critiques. Avez-vous déjà rencontré des personnes qui étaient un peu suspicieuses à cause de la tendance geek, qui est plutôt à la mode ces dernières années, avec énormément de publications de qualité variable qui sortent chaque année ? 

Thibaud Villanova : Oui. Encore hier soir, on a reçu un mail un peu insultant. Moi je réponds pas à ces gens-là. Déjà parce-que je n’ai rien à expliquer : mon premier livre est préfacé par le chef Thierry Marx, ainsi que Nicolas Beaujouan, qui est devenu un ami, mais qui est aussi un auteur pour lequel j’ai le plus grand respect, et quelqu’un dont on ne questionne pas les connaissances en matière de pop culture. J’avoue qu’il faut se lever tôt le matin pour me la faire de ce côté-là. Après oui, il y a toujours des gens pour dire : “Mais c’est marketé, c’est vendu en magasins”. Oui, mais c’est pas associatif, et on le fait pas avec les pieds ! Certains s’étonnent que ça coûte de l’argent d’éditer ce genre de livres, mais c’est comme tout, finalement. On a travaillé, et on a une équipe avec des gens qui travaillent et méritent de gagner leur vie. Et encore, je peux vous dire qu’on vend du livre, mais on a deux jobs à côté ! On ne vit pas de Gastronogeek. Pour moi, c’est un moyen d’expression au quotidien, pas de subsistance.

Après oui, les gens qui se demandent si on n’est pas une équipe de marketeux qui surfent sur la vague geek sous couvert de regarder Top Chef, que dire… Bah, je regarde Top Chef ouais, je regarde Le meilleur pâtissier, Qui sera le prochain grand pâtissier, Master Chef, tout ça, j’adore ! De la même manière, je ne rate pas un épisode de Game of Thrones, ni une série Netflix, j’ai un abonnement sur OCS et sur Amazon Prime pour ne rien louper non plus, j’achète mes Blu-Ray, je lis mes comics et je joue à Zelda depuis l’âge de 6 ans. S’il y avait un diplôme pour la pop culture, autant dire que je serais docteur ! C’est la seule chose que je peux dire.

Ensuite, j’ai la chance d’avoir une communauté extrêmement bienveillante. Hier, une personne s’est lâchée sur les réseaux sociaux sur une démarche plus personnelle me concernant, et tout ça s’est auto-nettoyé. De toute façon, ces gens ne lisent pas mes livres, ne s’intéressent pas à ma philosophie, à mon processus de création, ni à la passion que je voue à la cuisine, à la pâtisserie et à la pop culture. C’est bien plus facile de taper sur un livre vendu en magasin que d’en faire un soi-même. Or, j’ai la chance d’avoir une communauté de personnes qui lisent mes livres, écoutent quand je parle et regardent mes vidéos YouTube et me soutiennent. Je n’ai jamais prétendu être un chef pâtissier étoilé ni faire de la grande cuisine. Je fais une cuisine accessible. Et je ne pense pas qu’on serait édités chez Hachette si on n’avait pas un fond de légitimité. Après, on ne peut pas dire aux gens, “Regardez c’est bien”, mais simplement “Regardez, on a fait un livre”. Je sais d’où je viens en tout cas, et pourquoi je fais ce que je fais.

Il faut aussi rappeler qu’on a été les premiers à faire de la cuisine geek en France, et maintenant, des éditeurs comme Solar et Huginn & Muninn s’y mettent, ce qui est cool. Ca s’appelle la concurrence et c’est très chouette ! Par chance, les gens qui nous lisent se rendent compte qu’il y a du fond, ce qui n’est pas le cas pour tous les éditeurs — et ça, je n’ai aucun problème à le dire, notamment quand ils me sollicitent. Je suis très bien où je suis et je parle à des gens qui savent ce que je fais, et voilà. Aujourd’hui, l’offre en matière de pop culture est gigantesque. Et je me souviens il y a 5 ans, personne ne voulait être geek et c’est marrant, aujourd’hui, tout le monde veut leur vendre des trucs. Pour ma part, je n’ai pas l’impression de vendre des choses à des geeks, mais à une communauté de personnes extrêmement large et ouverte de laquelle je me réclame, et dont je fais partie. Pour moi, ce sont des débats qui dépassent les simples livres de cuisine.

Culturellement Vôtre : Vous présentez vraiment Gastronogeek comme une marque. En dehors des livres de cuisine, deux bières ont été lancées récemment, en 2016, c’était le jeu de société Apéro Quizz Geek, maintenant un Geek Touristique… 

Thibaud Villanova : Oui. Alors, le Geek Touristique, il n’est pas en collection Gastronogeek. On s’est posé la question, et je me suis dit, “Je ne suis pas encore le Michelin ni le Routard, donc on va faire ça car on en a envie, et pas pour faire rayonner la marque”. L’apéro quizz, on l’a sorti parce-que, justement, je suis dingue de quizz, de Trivial Pursuit et de blind test. A l’époque, on avait fait le premier livre, ainsi que Le guide des potions, et on avait déjà un peu plus de 90 références. On s’est dit que si on faisait ne serait-ce que dix questions par référence, cela ferait déjà un beau jeu. On a réfléchi à un format avec Hachette, et ils nous ont répondu qu’ils faisaient des boîtes de jeu dans des formats marrants. Je voulais faire quelque chose qui soit hyper accessible, au sens qui ne coûte pas cher, mais avec du fond dedans. Et on a donc fait l’apéro-quizz, qui s’est bien vendu et que je suis très heureux d’avoir fait.

On a fait les bières cet été, qui sont les premiers dérivés gastronomiques de Gastronogeek : des bières brassées artisanales de la Brasserie de l’Etre dans le 19e arrondissement de Paris. C’est une brasserie nature et progrès, c’est-à-dire que tous les produits utilisés dans nos bières sont issus de l’agriculture biologique, et tous les reliquats de production de bière repartent et sont utiles dans l’agriculture biologique. Ce sont des bières qui sont en inspiration, inspirées de l’univers des mages et des nains, pour créer deux bières qui sont la Moria et la Patronus. La Moria est une bière brune avec des malts torréfiés qui finit sur des notes de café, une belle amertume et une belle douceur. La Patronus est une bière houblonnée un petit peu plus péchue, davantage dans l’amertume… Ce sont des bières millésimées : on a fait 1000 bouteilles de chaque et une fois que le stock sera écoulé, on en refera pas. Voilà. On essaie d’aller vers la communauté en produisant des choses avec notre esprit, on fait donc de petits essais comme ça.

Là, je prépare des chocolats avec Edwart Chocolatier, qui est une équipe de jeunes chocolatier parisiens de moins de 30 ans qui ont déjà une belle boutique rue de Rivoli. On se connaît depuis le lancement de leur histoire et de la nôtre, et on s’est toujours dit qu’on trouverait une opportunité pour faire de bons chocolats. On a fait un premier essai de chocolat noir du Guatemala 73% de cacao qui est un vrai beau chocolat, avec un bel équilibre, et il s’agit d’un premier test pour les chocolats de Noël, qui seront aussi disponibles à hauteur de 1000 tablettes.

Culturellement Vôtre : Avez-vous déjà une vision de ce que vous voulez faire dans les prochaines années, de la manière dont vous comptez développer les choses en dehors des livres ? 

Thibaud Villanova : Non, on n’est vraiment pas dans cette réflexion là. Aujourd’hui, je sais où je vais avec  les livres. Je suis déjà en train d’écrire le prochain Gastronogeek et de contacter d’autres grandes licences pour avoir l’opportunité et l’honneur de faire des livres pour eux. Je pense aussi qu’on fera un apéro quizz un peu plus prestigieux, avec un plateau de jeu. Le premier jeu a bien marché, donc on se dit qu’on a toutes les bonnes raisons pour en faire un autre. Mais j’ai pas spécialement envie de faire deux fois la même chose, donc on y réfléchit. Les bières et les produits gastronomiques on verra, il faut que ça s’y prête. La bière c’était fun par rapport au Livre des potions et pour accompagner notre cuisine. C’est fun aussi de mettre mes recettes sur YouTube. Pour le chocolat, ça correspond avec la sortie de Geek and Pastry, où l’on propose des recettes de chocolats, donc c’était tout à fait naturel de le faire. Le bonbon, c’est beaucoup plus compliqué et ce n’est pas forcément quelque chose que j’apprécie vraiment….

C’est aussi une question de rencontres. Pour le chocolat, on a trouvé des types qui nous ont dit : “J’adore Gastronogeek, si on faisait du chocolat ensemble ?” J’ai dit OK, on s’est retrouvés et on a fait des semaines de recherches sur le packaging, les étiquettes, les produits… Je voulais que tout soit clean, que les tablettes soient faites en France. C’est tout un tas de contraintes et de critères, et qui ne concernent pas Hachette. C’est quelque chose que ma femme et moi mettons en place avec nos partenaires sur nos petits deniers, on parle de ça. Je me vois comme un artisan. Il y a bien sûr une réflexion de marque, parce-qu’il y a une propriété intellectuelle et que c’est quelque chose qu’il faut protéger, en France. En revanche, pour le reste, ça n’est qu’une question de passion. C’est-à-dire que si je ne vends pas ces bouteilles, j’ai juste perdu du blé. Mais j’aurais fait une bonne bière, et c’est cool.

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Les fruits du démon dans le premier livre de cuisin Gastronogeek.

Culturellement Vôtre : Comme Bérengère est là et que vous parliez beaucoup d’elle dans l’introduction de Geek & Pastry, pouvez-vous nous dire de quelle manière vous travaillez ensemble ? (Bérengère est directrice artistique de la collection et s’occupe de la maquette, ndlr) Bérengère, faites-vous beaucoup de retours à Thibaud sur ses idées, pour les restructurer ou modifier en ce qui concerne la présentation, par exemple ?

Bérengère Demoncy : On travaille vraiment à deux une fois que toute la partie écriture des recettes est faite et qu’on peut vraiment s’occuper de l’apparence et la présentation du livre. C’est quelque chose qu’on travaille surtout tous les deux. Je ne sais jamais trop à quoi je vais m’attendre quand je vais le maquetter, et ce qui est intéressant, notamment, c’est toute la partie astuces en fin de chapitres. C’est bien une fois que je vois à quoi ressemblent les recettes parce-que, même si je sais l’apparence qu’elles auront, je ne sais pas forcément quel est le contenu, quels sont les ingrédients, les techniques utilisés… A partir du moment où j’ai le détail des recettes, je peux proposer de rajouter un schéma pour telle technique, par exemple, ou un dessin. Donc tout ça, c’est quelque chose qu’on fait vraiment ensemble. Et pour le reste, je fais à peu près ce que je veux (rires).

Thibaud Villanova : Moi, de la même manière que je n’aime pas qu’on vienne m’expliquer quoi mettre dans mes recettes en termes de cuisine pure, j’estime n’avoir aucune compétence réelle en direction artistique. Or, j’ai la chance d’avoir à mes côtés une directrice artistique ! Donc je lui laisse le cut. L’alchimie, elle se fait comme ça. J’ai certes des envies graphiques, je veux que les choses aient telle apparence, mais si elle me dit “C’est moche”, je lui réponds, “OK, comment on fait ?”. Du coup, elle propose et, comme elle a compris ce que j’avais en tête, elle a pris mes propositions, en a dégagé ce qui était anecdotique ou pas forcément beau, et elle y a apporté sa compétence pour réaliser ce que j’avais en tête. L’idée des lettrines sur chaque recette, qui est un clin d’oeil et un hommage, c’est quelque chose dont j’avais envie. Je voulais qu’on fasse quelque chose un peu façon enluminures comme dans les grimoires. Bérengère m’a dit : “Ca ne va rien rendre, par contre, je te propose de le faire comme ça”. Je me suis retrouvé face à sa proposition, qui collait beaucoup plus à ce que je voulais que je n’aurais pu le penser, donc je lui ai dit : “Super ! Faisons-le”. C’est comme ça qu’on travaille.

Après, elle est super sympas de dire que je ne suis pas chiant. Je suis hardcore au boulot des fois, je le sais.

Bérengère Demoncy : Mais tu me laisses faire ce que je veux quand même.

Thibaud Villanova : Bien sûr. Souvent, les gens me disent : “Mais c’est parce-que vous êtes mariés”, mais ce n’est pas le cas. Elle ne serait pas compétente, elle ne travaillerait pas sur mes bouquins ! (rires) C’est aussi simple que ça.

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Brochettes du Barbare Conan dans le premier livre Gastronogeek.

Culturellement Vôtre : Et puis si ça ne fonctionnait pas, vous vous engueuleriez… 

Bérengère Demoncy : C’est sûr !

Thibaud Villanova : Ce serait encore pire. On vit et on travaille ensemble, je lui fais confiance et ça se passe super bien. Justement, j’estime que tu corriges que tu as toute liberté graphique pour faire ce que tu veux, Bérengère.

Bérengère Demoncy : Oui, et puis on travaille aussi avec le directeur artistique de chez Hachette, Antoine Béon

Thibaud Villanova : … qui est super à l’écoute, ultra-compétent et talentueux. C’est un bonheur de pouvoir travailler avec lui. Le rose là, c’est pas forcément une idée à lui. Au début, on voulait un rose, mais uniquement sur le dos et sur le logo. Et en fait, il nous a dit : “Attendez !” On a fait plein d’essais avec lui : une plaque en plexi transparente, avec des paillettes… Ce que je veux dire, c’est qu’il a une démarche graphique générale sur Gastronogeek, et il comprend ce que Bérangère et moi voulons faire. Son expérience et son expertise de DA d’Hachette Pratique et Hachette Heroes, c’est aussi de dire : “Les gars, le métier du livre, c’est aussi le mien, et voilà ce qu’on peut apporter”. Donc on est bien entourés, quand même.

Bérengère Demoncy : Très très bien. Et l’intérieur du livre, ça n’est pas que le graphisme, il y a aussi tout le travail de photo. Je voulais parler du photographe car il y a un très gros boulot, et souvent on est présents sur les shooting, donc ça se passe très bien, on a exactement le résultat qu’on veut. L’avantage, c’est qu’on peut vraiment imaginer la double-page dès le shooting photo. Que le photographe accepte notre présence, déjà c’est super, et en plus il accepte mes suggestions, même si je ne dis souvent pas grand chose comme il est très fort. (rires) Du coup, il s’agit d’un gros travail d’équipe pour l’intérieur du livre entre Thibaud, moi, le photographe et la styliste culinaire. Sur ce livre, ça se sent que cela fait déjà quelques temps que l’on travaille ensemble…

Thibaud Villanova : Oui, cela fait trois ans qu’on travaille avec le même photographe. On avait pris un autre photographe sur le spécial Séries cultes qui s’appelle Nicolas Lobbestaël qui s’est vraiment fondu dans notre esprit et est vraiment très fort. Avec Guillaume Czerw, on a fait les premiers Gastronogeek, il me connaît et sait comment on fonctionne. Pour Geek & Pastry, il a aussi vu l’opportunité d’aller plus loin encore. Du coup, on est allés encore plus loin avec les stylistes, Marlène Dispoto et Ayumi Iida, qui nous ont aidés à sélectionner les matières et à créer cette direction artistique sur les photos. Je pense que c’est notre ouvrage le plus abouti de ce point de vue-là.

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Les tablettes de Charlie et la chocolaterie dans Geek & Pastry. © Hachette Heroes

Culturellement Vôtre : On sent en effet qu’il y a un vrai rodage. Et de mémoire, avant, on ne voyait pas forcément des personnes tenir les plats… 

Thibaud Villanova : En effet. Ca, c’est quelque chose qu’on avait fait dans Star Wars Cantina, où on a fait un porté histoire de tenter quelque chose. On avait symbolisé Obiwan Kenobi sans montrer son visage, mais c’était le même principe et c’était très plaisant à faire. Dans Geek & Pastry, il y en a un peu plus. On a un porté pour l’applepie de Men in Black, mais aussi pour Game of Thrones, Charlie et la chocolaterie, Stargate… Le fait de porter le plat est important dans ces cas, car c’est une mise en scène emblématique de l’univers que nous représentons. Du coup, en limitant les accessoires et grâce à ce parti pris, ça nous permettait de nous retrouver directement au sein de ces univers.

To be continued… Entretien à suivre… Partie 3 ici.

Propos recueillis par Cécile Desbrun.

Nous remercions chaleureusement Thibaud Villanova pour sa disponibilité et son amabilité, ainsi que Bérengère Demoncy pour sa participation et sa patience. Geek & Pastry, Le Geek Touristique et Assassin’s Creed : Le Codex culinaire sont disponibles chez Hachette Heroes. 

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